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27 Janvier 2026
Alors que les États-Unis s'enfoncent dans une rhétorique législative hostile aux identités transgenres, un phénomène inédit émerge : des citoyens américains frappent à la porte de l'Europe pour demander l'asile. Aux Pays-Bas, 33 dossiers cristallisent aujourd'hui un paradoxe diplomatique et humain sans précédent.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, le paysage législatif américain pour les personnes transgenres a basculé. Ce qui n’était qu’une menace diffuse s’est transformé en une réalité brutale : interdiction des soins d'affirmation de genre (même pour les adultes dans certains États), fin de la reconnaissance des marqueurs de genre « X » sur les passeports, et vagues de déportations arbitraires via l’ICE (Immigration and Customs Enforcement).
C’est dans ce contexte de « panique morale » institutionnalisée que des dizaines de personnes trans américaines ont pris un aller simple pour Amsterdam. Elles ne viennent plus pour le tourisme, mais pour demander la protection internationale à Ter Apel, le centre d'enregistrement national des demandeurs d'asile.

Derrière les chiffres froids des 33 dossiers se cachent des vies brisées. Veronica Clifford-Carlos est devenue, malgré elle, le visage de cette vague migratoire. Originaire de San Francisco, elle a vu sa vie basculer.
"Des gens m'insultent en me traitant de pédé dans la rue... Des gens me menacent de mort, menacent de m'agresser, menacent de me suivre jusqu'à chez moi et de tuer ma famille."
Veronica pensait être la seule à avoir entamé des démarches et pourtant...
"C'est une expérience douce-amère. D'un côté, c'est très rassurant de voir que je ne suis pas la seule à penser que quelque chose ne va pas. Mais d'un autre côté... La situation est vraiment devenue très grave." a-t-elle déclaré.
À ce jour, le service néerlandais de l'immigration (IND) maintient une ligne dure : les Etats-Unis restent considérés comme un "pays d'origine sûr" rci. Cette classification est le principal obstacle juridique.
La quasi-totalité des demandes ont été rejetées en première instance. La justice néerlandaise estime que le système judiciaire américain offre encore des voies de recours internes (possibilité de déménager dans un État « sanctuaire »).
L'argument central des avocats est l'impossibilité d'accéder à des soins vitaux, et la mise en danger liée aux agressions transphobes qui sont en nette augmentation.
C’est ici que le dossier devient kafkaïen. Alors que l’IND rejette les demandes d'asile au motif que les USA sont sûrs, le ministère des Affaires étrangères néerlandais a durci ses conseils aux voyageurs.
Le gouvernement déconseille désormais officiellement aux ressortissants LGBTQIA+ néerlandais de se rendre dans certains États américains, citant des risques de harcèlement et de détention. Comment un pays peut-il être jugé trop dangereux pour un touriste néerlandais, mais suffisamment sûr pour qu'on y renvoie une personne trans qui y vit la persécution au quotidien ?
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Pour celles et ceux dont la demande d'asile est rejetée, les options sont limitées :
L'Exil Professionnel : Tenter d'obtenir un visa de travail, ce qui nécessite des revenus élevés inaccessibles pour la plupart des réfugiés.
Le Visa Étudiant : Une solution temporaire et coûteuse.
L'Émigration intra-européenne : Des cas similaires ont été signalés en Allemagne, au Danemark et en Finlande. Ces pays font face au même dilemme : leurs propres alertes de voyage contredisent leur politique d'asile.
L'affaire des "33" n'est pas qu'une statistique ; c'est un crash-test pour le système d'asile européen. Si l'Europe reconnaît que la première puissance mondiale peut devenir un pays persécuteur, c'est tout l'équilibre géopolitique du droit d'asile qui sera redéfini.
En attendant, Veronica et les autres vivent dans l'incertitude des camps, suspendus entre une patrie qui ne veut plus d'elles.eux et une terre d'accueil qui hésite à les protéger.