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3 Mai 2026
Un jeune homme. Un père mort sous un camion-poubelle. Et une nuit stockholmoise qui s'ouvre comme une blessure. Avec TORE, disponible sur Netflix depuis octobre 2023, la Suède offre à la fiction queer l'une de ses œuvres les plus honnêtes, les plus drôles et les plus déchirantes de ces dernières années. On vous explique pourquoi cette mini-série de six épisodes mérite vraiment votre soirée — voire votre nuit entière.
Tore a 27 ans. Après la mort atroce de la personne la plus chère à ses yeux, écrasée par un camion-poubelle, il décide d'explorer le monde de la nuit et ses plaisirs pour fuir la triste réalité de son deuil. Le jour, il continue de travailler dans un salon funéraire sans rien montrer de sa dérive, mais le soir, il multiplie les rencontres, découvre l'alcool, la drogue et divers excès.
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Dit comme ça, on pourrait croire à un teen drama scandinave de plus, un peu plombant, avec de beaux plans sur des forêts de bouleaux. Ce serait se tromper lourdement. TORE est une comédie dramatique — une tragicomédie, pour être précis — qui tient l'équilibre impossible entre le rire et les larmes avec une grâce déconcertante. Netflix a classé la série dans les catégories "Inhabituel, Irrévérencieux et Émotionnel" : pour une fois, le géant du streaming ne ment pas.
Tandis que Tore peine à garder la tête hors de l'eau et compromet ses amitiés et ses moyens de subsistance, il trouve une lumière dans l'obscurité lorsqu'il rencontre un fleuriste local, Erik, et développe une amitié avec une drag queen connue sous le nom de Shady Meat.
C'est là que la série se distingue vraiment : pas de happy ending mâché, pas de coming-of-age à l'eau de rose. Juste un garçon gay en train de se cogner à la vie, maladroitement, magnifiquement.
« Tout est parti d'un "non" de trop », confie William Spetz. Après avoir encaissé un énième refus professionnel, il décide de ne plus dépendre de personne d'autre. « J'ai commencé à écrire seul parce que je ne voulais pas dépendre de qui que ce soit. Je voulais retrouver le chemin de ma passion. Je n'ai pas pensé au genre, à la chaîne, ni au public cible. J'ai écrit TORE parce que je voulais retrouver la sensation que j'avais à 14 ans. »
Spetz a également puisé son inspiration dans ses propres expériences de deuil, suite à la mort de sa grand-mère en 2015. Le concept a été officiellement retenu par Netflix en 2022, et la production a débuté à Stockholm en décembre de la même année, sous la bannière de B-Reel Films.
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La série est réalisée par Erika Calmeyer, connue notamment pour avoir travaillé sur Young Royals. Une réalisatrice dont la patte visuelle sert parfaitement l'univers de Spetz : la palette est sombre et lunaire, avec une profusion de gris, de bleus et de violets. Même lorsque les lumières d'un rave s'allument, les teintes vives comme le jaune ou l'orange sont absentes. Une esthétique qui dit tout du personnage : même en fête, Tore reste dans le brouillard.

William Spetz est né le 4 avril 1996 à Umeå, dans le nord de la Suède. Il développe très tôt un intérêt pour le théâtre et la comédie, commence à bloguer à 12 ans, puis lance sa chaîne YouTube "Lilla bloggen" en mai 2010, à l'âge de 14 ans, où ses vidéos humoristiques lui construisent rapidement une audience.
C'est donc d'abord un enfant du web — du vrai, celui d'avant l'ère TikTok — avant d'être un acteur. En 2016, il co-anime la finale du Melodifestivalen, l'équivalent suédois de la présélection pour l'Eurovision. En 2019, il décroche un rôle dans Quicksand, la première série suédoise diffusée sur Netflix, dans laquelle il joue Samir Said.
Mais TORE, c'est autre chose. C'est son œuvre. Personnalité publiquement gay, Spetz a influencé la représentation queer dans les médias suédois à travers ses discussions candides sur la complexité de la sexualité, notamment en s'inspirant de ses propres expériences de "late bloomer", comme sa première visite au club gay Patricia de Stockholm à l'âge de 19 ans. G
Pour autant, Tore le personnage n'est pas William Spetz. « Il reflète la personne que je ne veux pas être » , dit-il. Comme acteur, il confesse néanmoins avoir puisé dans ses propres angoisses : « On creuse là où on se tient. On pioche toujours dans ses propres expériences. Je me sens très proche de Tore à bien des égards — me ridiculiser devant mes crushes, cette incapacité à rester assis avec sa douleur et son anxiété. »
En 2024, Spetz remporte le prix du Meilleur Acteur masculin pour son rôle de Tore, et la série décroche également le prix de la Meilleure Série Comique. La même année, il signe avec une agence de management américaine, TFC Management, en partie grâce au succès international de la série.
Les thèmes : bien plus qu'un "feel good show gai"
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C'est l'un des choix les plus malins de la série, et William Spetz l'a théorisé clairement : « Ce n'est pas une série sur le deuil, c'est une série sur le non-deuil. C'est une série sur le refus et la résistance. » Tore ne pleure pas son père — il s'enfuit de ce chagrin. Et cette fuite, on la reconnaît tous : « Chaque fois qu'on sort son téléphone pour scroller sur Instagram, c'est une façon de fuir. Tore, lui, le fait de manière bien plus grande et physique. Mais nous détestons tous rester assis avec notre douleur. »
Tore n'a jamais vraiment vécu sa sexualité avant le début de la série. Spetz souhaitait représenter la culture gay à la fois dans ce qu'elle a de "magique" et dans ce qu'elle a de plus hiérarchique et difficile : la vulnérabilité, la drogue, le machisme. La série met en scène le club Patricia, une institution bien réelle de Stockholm, qui sert de toile de fond brute et palpitante à la descente de Tore. On est loin des représentations aseptisées de la vie gay — et c'est exactement ce qu'on voulait.
Pour Spetz, il était crucial de mettre en lumière la complexité de la vie et des personnages queers. « Au début, la représentation queer n'était qu'une blague ou une chute comique. De nos jours, on peut tomber dans l'excès inverse, et presque romantiser l'expérience queer pour s'assurer que tout le monde aime ces personnages. »
Tore, lui, est imparfait, égoïste, autodestructeur. Shady Meat, la drag queen qui devient sa boussole, n'est pas non plus un ange. TORE sert d'antithèse à tout ce que certains queers n'ont pas aimé dans Heartstopper. C'est un rappel à la réalité, à mi-verre vide, pour les jeunes LGBTQIA+ qui cherchent un signe que la vie va s'améliorer.
La famille choisie comme ancre
La famille choisie figure comme thème prégnant dans une grande majorité des productions queers, et TORE s'inscrit fidèlement dans cette tradition LGBTQIA+. Le dernier plan de la série capture de façon poignante la croissance qu'a traversée le personnage principal. C'est avec Linn, sa meilleure amie, et Shady Meat qu'il apprend à respirer à nouveau.

Spetz l'explique avec une intimité désarmante : « Quand j'ai perdu quelqu'un de très proche, c'était aussi le moment où je vivais ma première expérience amoureuse, et je me souviens à quel point c'était étrange. Comment peut-on souffrir autant et en même temps être obsédé par quelqu'un pour qui on ferait n'importe quoi ? Cette coexistence m'a semblé vraiment intéressante. »
C'est précisément ce paradoxe que la série réussit à incarner à l'écran, sans jamais le résoudre proprement — parce que la vraie vie ne le résout pas non plus.
La série a obtenu un score agrégé de 87% sur Rotten Tomatoes sur la base de sept critiques, saluant la représentation authentique du deuil mêlé d'humour. Mais au fond, les chiffres ne comptent pas vraiment ici. Ce qui compte, c'est qu'une fois que vous aurez lancé le premier épisode un dimanche matin pour "juste voir", vous regarderez les six d'une traite, les yeux rouges et le sourire aux lèvres.
TORE est disponible sur Netflix. Six épisodes. Une trentaine de minutes chacun. Pas d'excuse.
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