Libres,Fièr.es et Rien d'autre!
12 Juillet 2026
Quinze ans. Quinze ans à donner chair et voix à la littérature 2ELGBTQIA+ francophone, à offrir une scène à celles, ceux et celleux que les institutions culturelles ignorent, à prouver que les mots queers méritent d'exister en pleine lumière. Et voilà que Fierté Littéraire, ce festival unique en son genre au Québec, dévoile sa programmation 2026 avec un couteau sous la gorge : sans réengagement urgent des partenaires financiers, cette 15e édition pourrait bien être la toute dernière.
Ce n'est pas une métaphore. Ce n'est pas un appel au drama. C'est ce qu'écrit, noir sur blanc, le communiqué de presse publié le 16 juin 2026 par l'organisme lui-même.
Fierté Littéraire a été créée en 2012 par Denis-Martin Chabot, son directeur général et artistique. Pendant sept ans, il a tenu l'organisme à bout de bras, seul, mettant régulièrement la main dans sa poche pour payer les factures.
Sept ans de bénévolat militant. Sept ans à financer de sa poche l'existence d'un espace que personne d'autre ne voulait créer. Ce n'est pas une anecdote : c'est le symptôme d'une réalité systémique. La culture queer francophone n'existe, le plus souvent, que parce que des individus épuisés décident de la faire exister coûte que coûte, en dehors de tout cadre institutionnel.
En 2019, Fierté Littéraire est devenue un organisme à but non lucratif, lui permettant d'obtenir du financement public. Une avancée cruciale, censée ouvrir la porte à une stabilité longtemps espérée. La porte s'est entrouverte — avant d'être claquée.
Le communiqué de presse du 16 juin 2026 est sans équivoque. Fierté Littéraire fait face à des coupures budgétaires de 40 %. Près de la moitié de ses ressources financières amputées d'un trait de stylo.
Claude Lalande, président du Conseil d'administration, ne mâche pas ses mots : « Nous sommes sous-financés, mais surtout mal financés. On ne peut plus continuer ainsi, sans financement récurrent à la mission. Nous devrons sérieusement nous interroger si nous pouvons continuer encore longtemps de projet en projet. Mettre la clé sous la porte est une option à envisager. »
Mettre la clé sous la porte. De la part d'un président de C.A., cette formule n'est pas un effet de style. C'est un constat d'impuissance face à une logique de financement par projets qui condamne les organismes communautaires à courir sans jamais avancer.
Denis-Martin Chabot, le fondateur, va plus loin encore : « J'ai créé Fierté Littéraire en 2012. J'y ai mis mes énergies, mon talent et même de mon propre argent. Mais devant le peu d'engagement des organismes subventionnaires et de la communauté, je songe sérieusement à jeter l'éponge. »
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Denis-Martin Chabot (Crédit photo Matthieu Camille Colin)
La situation avait déjà contraint l'organisme à réduire sa programmation en 2023, après que sa demande de financement de base pluriannuel au Conseil des arts de Montréal avait été rejetée, et que son financement par projet avait été coupé de 20 %. Trois ans plus tard, la saignée a doublé. La logique, elle, n'a pas changé.
Et le communiqué de le rappeler avec une lucidité amère : Fierté Littéraire, comme de nombreux autres organismes communautaires 2SLGBTQIA+ et culturels, s'est vu refuser ses demandes de financements de base. Les concours de subvention de fonctionnement dans ce secteur sont rares. L'organisme vit d'une subvention par projets à l'autre, d'une commandite à la suivante — impossible d'embaucher du personnel permanent, impossible de planifier à long terme.
C'est une politique de la précarité. Une politique qui dit, sans le dire : les voix queers, ça peut attendre. Ou disparaître.
Malgré tout, Fierté Littéraire est là. Et sa programmation 2026 est à l'image de l'organisme lui-même : généreuse, audacieuse, profondément intersectionnelle.
31 juillet | Des livres et des paillettes — Animé par la drag queen Jessie Précieuse, avec le dévoilement des finalistes du tout premier Prix de l'auteurice émergent·e francophone de la Lambda Scholarship Foundation.
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1er août | Les signes de la diversité — Des poètes et auteur·ices sourd·es livrent leur prose en Langue des signes québécoise (LSQ) devant un public qui, pour une fois, dépend de l'interprétation. Sous l'animation du poète queer sourd Pierre-Olivier Beaulac-Bouchard.
1er août | La diversité en toutes lettres — Animée par Maguy Métellus, cette rencontre met à l'avant-plan les artistes queers des communautés PANDC et BIPOC.
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2 août | Transpoésies — Un espace intime mené par la poétesse trans Pascale Cormier, avec notamment Gabrielle Boulianne-Tremblay.
3 août | Le Combat aux mots — Marie-Hélène Racine-Lacroix, Jordan Dupuis, Joëlle Prudhomme et Barbada défendent des œuvres queers, suivi du lancement de Bastien sort ce soir de Mathieu Pierre.
4 août | Le Grand effeuillage littéraire (18 ans +, tarification solidaire 20$ à 35$) — Au Théâtre La Comédie de Montréal. Aurélien Potel, Charlotte Poitras, Sami Basbous, Barbada et autres. Billetterie : zeffy.com
7 et 8 août | Salon du livre en plein air & Vagabondage littéraire — Rue Sainte-Catherine Est, en partenariat avec le Liseur public.
La quasi-totalité de la programmation est gratuite. Un choix politique, assumé, qui coûte cher à un organisme déjà à genoux financièrement.
La littérature 2ELGBTQIA+ joue un rôle essentiel dans la représentation et la reconnaissance des expériences souvent invisibilisées de cette communauté. Elle offre un espace où les voix marginalisées peuvent s'exprimer librement, documenter leurs réalités, explorer leur identité et célébrer leur diversité.
Sans Fierté Littéraire, c'est tout un écosystème qui s'effondre. Ce sont des auteur·ices sans tribune. Des lecteur·ices sans miroir. Des jeunes queers qui cherchent dans les livres la confirmation qu'iels ne sont pas seul·es — et qui ne la trouveront nulle part ailleurs, en français, dans cet espace de célébration et de sécurité.
Dans un contexte mondial où des bibliothèques se font censurer, où des livres queers sont retirés des rayons scolaires, où la haine anti-LGBTQIA+ progresse avec l'impunité que lui accordent les pouvoirs publics, chaque espace culturel queer qui disparaît est une victoire concédée à celles et ceux qui veulent notre silence.
Nous ne pouvons pas leur faire ce cadeau.
La survie de Fierté Littéraire ne peut pas reposer uniquement sur les arbitrages des conseils des arts ni sur l'épuisement de son équipe bénévole. Elle doit reposer sur nous. Sur notre communauté. Sur tou·tes celles et ceux qui comprennent que la culture queer francophone n'est pas un luxe : c'est une nécessité politique et humaine.
👉 Devenez membre dès maintenant : www.fiertelitteraire.ca/devenir-membre
Rejoindre l'organisme, c'est avoir un droit de vote aux Assemblées générales, participer aux décisions qui façonneront son avenir, et contribuer concrètement à sa mission — organiser des salons, des ateliers et des événements qui font rayonner les voix 2LGBTQIA+ francophones.
Et si vous représentez une entreprise, une fondation, une institution qui se réclame de l'inclusion, de la diversité, de la démocratie culturelle — l'appel au mécénat est lancé. Fierté Littéraire a besoin de partenaires qui comprennent qu'on ne peut pas soutenir la diversité en théorie tout en laissant ses espaces de parole mourir faute de financement.
💌 Contact mécénat : dir.art@fiertelitteraire.ca
Les mots queers ont survécu à l'invisible, à la honte imposée, à la censure, aux années de sida, à l'ostracisme familial. Ils ne méritent pas de succomber à une ligne budgétaire rayée. Pas à la 15e édition. Pas maintenant... Jamais.
Nous serons là, du 31 juillet au 8 août, à la Place du Village et dans la rue. Et nous continuerons de documenter, de défendre et d'amplifier les voix qui font vivre la littérature queer francophone — aussi longtemps qu'il le faudra.