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23 Mai 2026
Le 6 mai 2026, la Maison-Blanche a publié un document de 16 pages intitulé United States Counterterrorism Strategy — la stratégie antiterroriste des États-Unis pour 2026. Un document officiel, signé par le président Trump, qui place explicitement les groupes « radicalement pro-transgenres » au même rang que les cartels de la drogue et les organisations djihadistes parmi les menaces terroristes majeures pesant sur le pays. Vous avez bien lu.
On savait l'administration Trump hostile aux personnes trans. On savait que depuis janvier 2025, les décrets anti-trans s'empilaient comme des briques dans un mur d'exclusion — restrictions d'accès aux soins, effacement des données LGBTQ+, retour en arrière sur les protections contre les discriminations. Mais avec ce document, un cap a été franchi. Ce n'est plus seulement de la politique discriminatoire. C'est de la rhétorique sécuritaire appliquée à une minorité.
La stratégie identifie trois catégories principales de menaces terroristes : les « narcoterroristes et gangs transnationaux », les « terroristes islamistes historiques » et les « extrémistes violents de gauche, incluant les anarchistes et les antifascistes ». C'est dans cette troisième catégorie que les personnes trans sont visées.
« En plus des cartels et des groupes terroristes islamistes, nos activités nationales de lutte contre le terrorisme donneront également la priorité à l'identification rapide et à la neutralisation de groupes politiques séculiers violents dont l'idéologie est anti-américaine, radicalement pro-transgenre et anarchiste. Nous utiliserons tous les outils constitutionnellement disponibles pour les cartographier sur le territoire national, identifier leurs membres, cartographier leurs liens avec des organisations internationales comme Antifa, et utiliser les outils des forces de l'ordre pour les paralyser opérationnellement avant qu'ils ne puissent mutiler ou tuer des innocents. »
Cartographier. Identifier les membres. Paralyser opérationnellement. Ce vocabulaire-là n'est pas celui de la politique. C'est celui de la guerre.
Et le document ne s'arrête pas là. Dans son avant-propos présidentiel, Trump conclut par une phrase glaçante qui a fait le tour des réseaux sociaux : « We will find you and we will kill you » — « Nous vous trouverons et nous vous tuerons. » Si cette phrase vise officiellement les terroristes et les cartels, sa juxtaposition avec le passage sur les groupes « pro-transgenres » a provoqué une onde de choc légitime.

Lors de la conférence de presse accompagnant la publication de cette stratégie, Sebastian Gorka — conseiller principal pour le contre-terrorisme à la Maison-Blanche — n'a laissé aucune place au doute. Ses mots, devant les journalistes :
« Nous voyons une menace, nous y répondons, et nous l'écrasons, que ce soient les cartels, les djihadistes, ou les extrémistes violents de gauche comme Antifa — et comme les tueurs transgenres, les non-binaires, les radicaux de gauche qui ont tué mon ami Charlie Kirk. Nous les affronterons de front. »
Les tueurs transgenres. L'expression, prononcée par un haut responsable de la sécurité nationale américaine, amalgame délibérément une identité de genre avec une menace sécuritaire. C'est précisément le mécanisme que les spécialistes du génocide identifient comme une étape clé du processus de déshumanisation.
Pour justifier cette classification, le document s'appuie massivement sur l'assassinat de Charlie Kirk, figure de la droite conservatrice américaine, abattu en septembre 2025 sur un campus universitaire de l'Utah. Le tireur présumé, Tyler Robinson, 22 ans, avait une partenaire trans. L'administration Trump en a tiré la conclusion que le meurtre relevait d'une « idéologie transgenre extrême ».
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Or, les faits sont nettement plus complexes. Les enquêteurs n'ont établi aucun lien direct entre l'identité de genre de la partenaire de Robinson et la motivation du tir. Robinson n'appartenait à aucune organisation politique. Comme l'a relevé NPR (National Public Radio), peu d'éléments permettent de caractériser ses opinions politiques au-delà d'une opposition récente à la rhétorique anti-trans de Kirk. L'Associated Press a souligné l'absence de preuve d'un réseau organisé. Mais pour l'administration Trump, le raccourci suffisait.
Le document cite également la fusillade dans une église catholique de Minneapolis en août 2025 et celle de l'école Covenant à Nashville en 2023 — deux tragédies perpétrées par des personnes trans — pour construire un récit de menace systémique. Pourtant, les données racontent une tout autre histoire.
Selon le Gun Violence Archive, les personnes trans sont responsables de moins de 0,1 % des fusillades de masse aux États-Unis sur les 12 dernières années. Même en élargissant les critères, ce chiffre reste inférieur à 0,2 %. Factcheck.org, l'Associated Press, Reuters et Snopes ont tous publié des vérifications des faits concluant que l'affirmation selon laquelle les personnes trans seraient surreprésentées parmi les auteurs de fusillades est factuellement fausse.
Sur 32 fusillades en milieu scolaire depuis 2020 ayant fait quatre victimes ou plus, seules trois impliquaient des tireurs trans ou de genre divers, selon le décompte de CNN — un fait rappelé en direct à Gorka lui-même par la présentatrice Brianna Keilar lors d'une interview tendue en août 2025.
La Trans Journalists Association (TJA) a d'ailleurs publié un guide à destination des rédactions pour les alerter sur les risques de propagation de désinformation en relayant sans recul les affirmations de l'administration.
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Cette stratégie antiterroriste ne tombe pas du ciel. Elle s'inscrit dans une escalade méthodique. Dès janvier 2026, des experts en prévention du génocide tiraient la sonnette d'alarme.
Le Lemkin Institute for Genocide Prevention — du nom de Raphael Lemkin, juriste polonais qui a inventé le mot « génocide » — a émis trois « alertes drapeau rouge » concernant les personnes trans aux États-Unis depuis février 2025. Sa directrice exécutive, Elisa von Joeden-Forgey, a déclaré que les États-Unis se trouvent désormais « dans les stades précoces à intermédiaires d'un processus génocidaire contre les personnes trans, non-binaires et intersexes ».
Gregory Stanton, fondateur de Genocide Watch et ancien président de l'Association internationale des chercheurs sur le génocide, a été encore plus direct : « Ce qu'ils font ici, c'est essayer de détruire un groupe de genre. L'objectif est littéralement, physiquement, de détruire ce groupe. »
Ces experts rappellent que le processus génocidaire ne commence jamais par des massacres. Il commence par la classification, la symbolisation, la discrimination, la déshumanisation. Par des documents officiels qui transforment une identité en menace. Par des discours qui normalisent la violence contre un groupe.
Le Lemkin Institute a établi un parallèle historique saisissant : les Juifs représentaient moins de 1 % de la population allemande en 1933. Beaucoup minimisaient les premières persécutions administratives. On connaît la suite. Les personnes trans représentent environ 1 % de la population américaine.
Il ne s'agit pas d'un document académique. C'est une directive politique qui oriente les priorités des agences de renseignement et des forces de l'ordre américaines. Comme l'a souligné l'ACLU (American Civil Liberties Union), les termes utilisés — « anti-américain », « radicalement pro-transgenre » — sont volontairement vagues et laissés à la discrétion des autorités. Qui définit ce qui est « radical » ? Qui trace la ligne entre le militantisme pro-trans et le terrorisme ?
Le Charity & Security Network a noté que cette stratégie ne nomme aucun groupe spécifique — elle s'appuie sur des catégories idéologiques suffisamment larges pour englober potentiellement toute organisation travaillant sur les questions de genre, de sexualité ou de justice reproductive.
Point notable : le document de 16 pages ne mentionne aucune menace liée à l'extrémisme de droite ou au suprémacisme blanc. La stratégie de 2021, sous Biden, plaçait ces menaces au centre. Celle de Trump les a tout simplement effacées.
Depuis la France, on pourrait être tenté de regarder cette escalade américaine comme un phénomène lointain. Ce serait une erreur. Les stratégies rhétoriques de l'extrême droite circulent, s'exportent, s'adaptent. L'idée que défendre les droits des personnes trans constitue une forme de subversion — voire de menace pour la sécurité nationale — n'est pas un délire exclusivement américain. On la retrouve dans les discours de mouvements réactionnaires européens, dans les débats parlementaires, dans les tribunes de certains médias.
Ce qui se passe aux États-Unis en ce moment est un avertissement. Quand un gouvernement commence à utiliser l'appareil sécuritaire de l'État contre une minorité en s'appuyant sur des données falsifiées, quand il transforme une identité en idéologie puis cette idéologie en menace terroriste, il franchit une ligne dont l'histoire nous enseigne qu'on ne revient pas facilement.
Parce que l'indignation sans action n'est qu'un cri dans le vide, voici quelques pistes.
S'informer et informer. Partager les fact-checks, les analyses sourcées, les témoignages. La désinformation sur les personnes trans se combat par la rigueur des faits.
Soutenir les organisations. L'ACLU, Lambda Legal, le Transgender Law Center, la National Center for Transgender Equality aux États-Unis ; les associations locales chez nous. Le soutien financier et la visibilité comptent.
Nommer les choses. Quand un document gouvernemental place les personnes trans au même rang que des organisations terroristes, ce n'est pas un « débat de société ». C'est une persécution institutionnalisée. Les mots que nous utilisons pour en parler importent.
Rester vigilant·es. L'Institut Lemkin le rappelle : les régimes autoritaires ont besoin de contrôler le langage. Continuez à parler. Continuez à nommer. Continuez à résister.
Sources
Stratégie antiterroriste américaine 2026 (whitehouse.gov), Baptist News Global, Washington Blade, Snopes, CBS News, NPR, Factcheck.org, Associated Press, Reuters, Trans Journalists Association, Lemkin Institute for Genocide Prevention, ACLU, Charity & Security Network, Truthout, The Advocate.