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L'Europe dit enfin non aux thérapies de conversion — et le RN dit… rien

L'Europe dit enfin non aux thérapies de conversion — et le RN dit… rien
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Le Parlement européen a voté le 29 avril 2026 en faveur d'une résolution appelant à interdire les pratiques de conversion dans toute l'Union. Une avancée historique pour les droits LGBTQ+, ternies par le silence assourdissant de Jordan Bardella — une abstention qui en dit long sur les convictions profondes du RN.

Ce que le Parlement européen a voté

Le 29 avril 2026, le Parlement européen a adopté en séance plénière son rapport sur la situation des droits fondamentaux dans l'Union européenne pour les années 2024 et 2025. Ce rapport, préparé par la commission des libertés civiles en février 2026, comprenait des dispositions clés sur les pratiques de conversion ciblant les personnes LGBTQ

La résolution invite la Commission européenne à proposer une législation contraignante contre les pratiques de conversion, à les qualifier de crimes particulièrement graves revêtant une dimension transfrontière — les fameux "euro-crimes" — et à établir des normes minimales concernant les droits, le soutien et la protection des victimes.

Ce n'est pas la première fois que l'Europe se positionne sur la question. Depuis 2016, le Parlement condamne fermement toutes les formes de discrimination à l'encontre des personnes LGBTQ+, y compris les thérapies de conversion, et demande à plusieurs reprises aux États membres d'interdire de telles pratiques. Mais ce vote de 2026 s'inscrit dans une dynamique citoyenne inédite : une initiative citoyenne européenne avait recueilli 1 245 626 signatures, dont 669 912 françaises, pour exiger une interdiction légale contraignante à l'échelle de l'Union. 

Mais c'est quoi, exactement, une thérapie de conversion ?

Le terme peut sembler abstrait. La réalité, elle, est brutale.

Les thérapies de conversion sont des pratiques qui visent à modifier ou à supprimer l'orientation, l'identité ou l'expression sexuelles d'une personne lorsqu'elles ne sont pas conformes à la norme dominante perçue. Ces thérapies s'appuient sur le postulat selon lequel l'homosexualité, la bisexualité et la transidentité sont des maladies qu'il conviendrait de guérir.

Les méthodes utilisées sont larges et terrifiantes : soutien psychologique ou comportemental coercitif, rituels spirituels ou religieux, techniques d'aversion, ainsi que des formes de coercition et de violence. Dans les cas les plus extrêmes, cela peut aller jusqu'à l'injection massive de testostérone ou à la méthode dite "d'aversion", qui consiste à infliger des électrochocs au sujet tout en lui montrant des images d'actes homosexuels pour l'en dégoûter.

Le Parlement européen, l'ONU et toutes les grandes associations de médecins et de psychologues condamnent ces pratiques. Les scientifiques sont formels : les thérapies de conversion causent de graves souffrances physiques et psychiques. Ce ne sont pas des soins. Ce sont des tortures. 

L'abstention de Bardella : un silence qui parle

Jordan Bardella s'est abstenu lors de ce vote. Une abstention. Pas un vote pour. Pas une condamnation de pratiques que le monde médical unanime qualifie de dangereuses et inefficaces. Un non-choix soigneusement calculé, qui révèle pourtant tout.

Ce n'est pas une surprise. Dans un autre vote sur les droits des personnes LGBTQI+, en octobre 2022, le RN s'était abstenu en bloc plutôt que de voter pour, lors d'une résolution dénonçant les crimes contre les personnes LGBTQI+ à la suite d'un meurtre homophobe en Slovaquie.

L'abstention est la marque de fabrique du RN sur ces sujets. Elle permet d'éviter d'afficher un vote contre — trop visible, trop assumé — tout en refusant de protéger les personnes LGBTQ+. C'est la lâcheté politique à l'état pur, habillée en pragmatisme.

En 2018 déjà, lors d'un premier vote du Parlement européen sur les thérapies de conversion, les 15 députés FN présents avaient voté contre l'amendement. Pour se justifier, certains dénonçaient un "lobby LGBTI", d'autres invoquaient l'idéologie du genre ou la souveraineté des États. Les rhétoriques changent peu. 

La France : pionnière, mais pas sans failles

Rappelons que les thérapies de conversion sont interdites en France depuis la loi du 31 janvier 2022. Une loi adoptée à l'unanimité du Parlement français — y compris par les élus RN présents à l'époque, qui n'avaient alors pas le choix politique de s'y opposer ouvertement sur le plan national.

Pourtant, certaines pratiques continuent de se dérouler dans l'ombre, souvent dans des contextes religieux ou via des discours publics qui défient l'interdit. La loi existe. L'application reste perfectible.

C'est précisément pourquoi l'échelon européen est essentiel. Au sein des 27 États membres de l'UE, 19 ne disposaient d'aucune interdiction ou restriction légale sur ces pratiques. Seuls l'Allemagne, la Belgique, Chypre, l'Espagne, la France, la Grèce, Malte et le Portugal avaient mis en place des interdictions, totales ou partielles.

Ce que ce vote change — et ce qu'il ne change pas encore

Soyons honnêtes : une résolution du Parlement européen n'a pas force de loi. Elle ne contraint pas les États membres à agir immédiatement. Mais elle crée une pression politique réelle et ouvre la voie à une législation contraignante que la Commission européenne devra désormais envisager sérieusement.

Pour le Conseil de l'Europe, qui avait déjà adopté une résolution en janvier 2026, l'interdiction des thérapies de conversion est à la fois un impératif de santé publique et une question de respect des droits humains et des libertés fondamentales, protégée par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

L'Europe avance. Lentement, imparfaitement, mais elle avance. Et pendant ce temps, Jordan Bardella s'abstient. Ce n'est pas de la neutralité. C'est un choix.

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