Overblog Tous les blogs Top blogs LGBT
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Queer de Rien

Libres,Fièr.es et Rien d'autre!

Publicité

1er mai et communauté LGBTQIA+ : une histoire de luttes communes

1er mai et communauté LGBTQIA+ : une histoire de luttes communes
Publicité

Chaque année, le 1er mai, des milliers de personnes descendent dans la rue pour défendre leurs droits au travail. Mais saviez-vous que la communauté LGBTQIA+ est présente dans ces cortèges depuis le début des années 1970 ? Bien avant la première Marche des Fiertés indépendante organisée en France, les personnes queer ont choisi de défiler aux côtés des travailleuses et travailleurs, brandissant leurs propres revendications sous les banderoles syndicales. Une alliance historique, parfois tumultueuse, mais toujours fondamentale, que Queer de rien vous invite à (re)découvrir en ce 1er mai 2026.

Le 1er mai 1971 : quand le FHAR entre dans le cortège

Pour comprendre le lien entre la fête du travail et la communauté LGBTQIA+, il faut remonter au printemps 1971 en France. Cette année-là, quelques mois seulement après sa création, le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire (FHAR) prend une décision audacieuse : rejoindre le défilé du 1er mai aux côtés des organisations ouvrières.

Des militantes et militants homosexuels, certains en tenue travestie, portent des banderoles revendiquant « À bas la dictature des normaux ! » au milieu des cortèges syndicaux. Un geste à la fois symbolique et politique fort, qui affirme que la lutte contre l'oppression sexuelle n'est pas séparable de la lutte contre l'exploitation économique.

Ce choix de s'inscrire dans le défilé du 1er mai — et non de créer immédiatement un événement autonome — n'est pas anodin. Le FHAR est profondément ancré dans l'héritage de Mai 68 et dans une pensée émancipatrice globale. Pour ses membres, être gay, lesbienne ou transgenre est une position politique en soi, indissociable de toute lutte contre l'ordre bourgeois et patriarcal.

La présence du FHAR dans les cortèges du 1er mai se poursuivra de 1971 à 1978. Ces années de défilés communs constituent les premières manifestations auxquelles des organisations homosexuelles participent officiellement en France — bien avant la naissance de la Marche des Fiertés telle qu'on la connaît aujourd'hui.

Un accueil loin d'être chaleureux : la gauche et ses angles morts

L'histoire serait trop simple si elle n'avait comporté que de beaux moments de solidarité. La réalité est plus complexe, et il est important de ne pas l'édulcorer.

À l'époque, l'accueil réservé au FHAR par les partis de gauche et les syndicats est pour le moins glacial, voire franchement hostile. La Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) critique ouvertement les « exhibitions grotesques » des militants du FHAR dans ses cortèges, les accusant d'être « victimes de l'oppression sexuelle bourgeoise ». Au Parti Communiste Français (PCF), l'homosexualité est alors considérée comme un « vice d'aristocrate » ou une « perversion bourgeoise » — autant de formulations qui résument à elles seules le chemin qu'il restait à parcourir.

Pour Lutte Ouvrière, les revendications du FHAR relèvent même de « l'individualisme petit-bourgeois ». Quant au Parti Socialiste, il estime à l'époque que la question de l'orientation sexuelle doit rester dans la sphère intime et non politique.

Ce rejet de la part de forces censées défendre les opprimés est une leçon d'histoire précieuse. Il illustre comment une partie du mouvement ouvrier a longtemps reproduit les normes hétérosexistes dominantes, traitant les questions de genre et de sexualité comme des « distractions » face aux luttes économiques. Une hiérarchisation des oppressions que les féministes et les militant·es queer n'ont eu de cesse de dénoncer.

1984, Grande-Bretagne : le LGSM ou la solidarité réinventée

L'un des chapitres les plus bouleversants de l'histoire des luttes communes entre communauté LGBTQIA+ et mouvement syndical se joue non pas en France, mais en Grande-Bretagne, en pleine grève des mineurs de 1984-1985.

En juin 1984, deux hommes gays — Mark Ashton, secrétaire général de la Jeunesse Communiste, et Mike Jackson — assistent à la Marche des Fiertés de Londres et décident, spontanément, de collecter des dons pour les mineurs en grève. Quelques semaines plus tard, ils fondent le groupe Lesbians & Gays Support the Miners (LGSM).

L'idée centrale de ce collectif est d'une clarté désarmante : les oppressions sont liées. Si le gouvernement Thatcher s'attaque aux droits des mineurs, il s'attaque demain aux droits de toutes les minorités. La solidarité n'est pas un luxe militant, c'est une nécessité politique.

Pendant un an, le LGSM collecte des fonds, organise des événements, visite les communautés minières du Pays de Galles. Le groupe lève au total plus de 20 000 livres sterling pour les familles des grévistes. En retour, les mineurs et leurs familles font quelque chose d'inattendu : ils défilent à la tête de la Marche des Fiertés de Londres en 1985, sous leur bannière du Syndicat national des mineurs (NUM).

Cette solidarité aura des conséquences politiques concrètes : à la conférence du parti travailliste de 1985, le NUM vote en faveur d'une résolution pour l'égalité des droits des personnes LGBT — une première historique au sein du mouvement ouvrier britannique. Cette histoire a été portée au grand écran par le film Pride (Matthew Warchus, 2014), accessible et émouvant, que nous vous recommandons chaleureusement si vous ne l'avez pas encore vu.

Des luttes intersectionnelles : pourquoi les oppressions ne se séparent pas

Ce que l'histoire du FHAR, du LGSM et de tant d'autres collectifs nous enseigne, c'est une vérité que le mouvement LGBTQIA+ porte au cœur de son analyse depuis des décennies : les oppressions sont imbriquées. 

La queerphobie ne s'arrête pas à la porte de l'entreprise. Les discriminations au travail — licenciements, harcèlement, outing forcé, invisibilisation — frappent de façon disproportionnée les personnes LGBTQIA+, et tout particulièrement les personnes trans, racisées ou en situation de précarité. Comme le formule très justement la CGT Culture : les discriminations ne s'arrêtent pas une fois passée la badgeuse.

C'est précisément pourquoi la présence des personnes queer dans les cortèges du 1er mai n'est pas symbolique ou décorative. Elle est pleinement politique. Réclamer des droits au travail, c'est aussi réclamer le droit de travailler sans subir d'homophobie, de lesbophobie ou de transphobie. C'est revendiquer des conditions de travail dignes pour tout le monde, sans exception.

En 2026, la lutte continue — et elle est plus urgente que jamais

Il serait tentant de penser que ces batailles appartiennent au passé. Ce serait une erreur grave. En 2025, les actes violents contre les personnes queer ont atteint leur niveau le plus élevé depuis dix ans en France. Dans de nombreux pays du monde, des droits durement arrachés sont remis en question, parfois effacés du jour au lendemain.

Face à la montée des extrêmes droites, qui cherchent systématiquement à opposer unité et diversité en agitant le spectre du « communautarisme », la réponse de la communauté LGBTQIA+ et du mouvement syndical est la même depuis cinquante ans : pas d'unité sans diversité, pas de lutte sans solidarité.

Ce 1er mai 2026, si vous descendez dans la rue, regardez autour de vous. Vous verrez des personnes queer, des militant·es trans, des jeunes portant des drapeaux arc-en-ciel côtoyer des bannières syndicales. Ce n'est pas un hasard. C'est l'héritage vivant d'une longue histoire de luttes communes — une histoire qui a encore beaucoup à écrire.

Pour aller plus loin
  • 🎬 Film : Pride (Matthew Warchus, 2014) — l'histoire du LGSM portée à l'écran
  • 📚 À lire : La cause LGBTQIA+, c'est aussi un combat syndical, publication de la CGT Culture (disponible en ligne)
  • 🏳️‍🌈 À explorer : l'histoire du FHAR et des GLH dans les archives de l'association Aides-LGBT 2.0
  • 📖 Pour comprendre l'approche intersectionnelle : les écrits d'Angela Davis sur l'imbrication des dominations de classe, de race et de genre
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article