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28 Janvier 2026
L’hiver est glacial à Budapest, et pas seulement pour des raisons météorologiques. Ce mercredi 28 janvier 2026, l’étau judiciaire s’est définitivement refermé sur Gergely Karácsony. Le maire écologiste de la capitale, figure de proue de l'opposition, vient d'être officiellement inculpé par le parquet de Budapest. Son crime ? Avoir permis la tenue de la 30e Marche des Fiertés le 28 juin 2025, bravant ainsi l’interdiction de rassemblement massif imposée par le gouvernement de Viktor Orbán.
Souvenez-vous : au printemps 2025, le Parlement hongrois, sous l’impulsion du Fidesz, adoptait un arsenal législatif inédit. En modifiant la Constitution pour placer « l’intérêt supérieur de l’enfant » au-dessus de la liberté de réunion, le pouvoir interdisait de fait la Budapest Pride, accusée de « promouvoir la déviation par rapport au sexe de naissance ».
Gergely Karácsony avait alors choisi la résistance institutionnelle en déclarant la marche comme un « événement municipal », tentant de contourner l'autorité de la police nationale. Le résultat fut historique : près de 200 000 personnes inondèrent le pont Elisabeth dans une marée arc-en-ciel. Un affront que Viktor Orbán, qui avait qualifié l'événement de "répugnant et honteux", ne pouvait laisser impuni.
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Après des mois d'enquête et une audition par le Bureau National d'Investigation en août dernier, le parquet a tranché. Les procureurs demandent aujourd'hui une condamnation sous forme d'amende criminelle. Si Karácsony échappe à la peine maximale d'un an de prison initialement brandie comme une menace, la portée politique de l'acte reste immense.
Pour les autorités, le maire a « organisé et dirigé un rassemblement public malgré l'interdiction de la police ». Cette offensive judiciaire intervient dans un timing millimétré, à seulement quelques mois des élections nationales d'avril 2026.
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"Il semble que ce soit le prix à payer dans ce pays si nous défendons notre propre liberté et celle des autres.", a réagi Gergely Karácsony sur ses réseaux sociaux dès l'annonce de son inculpation.
Cette affaire dépasse le simple cadre d'une contravention administrative. Elle illustre la dérive autoritaire d'un État qui utilise le droit comme un outil de répression des minorités et de ses opposants politiques.
Comme le souligne le maire lui-même, la justice semble avoir perdu sa boussole d'impartialité :
"Dans un système om la loi protège le pouvoir plutôt que les gens, un système qui étouffe les communautés libres, il était inévitable qu'un jour ou l'autre, en tant que maire d'une ville libre, on engage des poursuites criminelles contre moi."
Alors que la Cour de justice de l'Union européenne est attendue sur la légalité de ces lois hongroises, Budapest continue de tester les limites de l'État de droit. La condamnation annoncée du maire Karácsony n'est pas seulement une attaque contre l'homme, mais contre le symbole d'une ville qui refuse de s'aligner sur l'agenda réactionnaire de son gouvernement central.
Chez Queer de Rien, nous continuerons de suivre ce procès, qui sera sans nul doute le baromètre des libertés fondamentales en Europe centrale pour l'année 2026.