Libres,Fièr.es et Rien d'autre!
1 Février 2026
Le sigle LGBTQ2E+ s’allonge, et avec lui, notre compréhension des diversités. Au Québec et dans le reste de la Tortue (l’Amérique du Nord), le « 2E ou 2S » placé fièrement en tête ou au cœur de l'acronyme n'est pas qu'une simple lettre de plus. C'est un pont jeté entre le passé précolonial et le futur des Premiers Peuples. Plongée dans l’univers des personnes bispirituelles.
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Quand on parle de Bispiritualité (2 Esprits ou Two-Spirit en anglais), on fait souvent l’erreur de vouloir la ranger sagement dans la case « orientation sexuelle » ou « identité de genre ». C’est oublier que pour de nombreuses nations autochtones, être porteur de deux esprits, l'un masculin, l'autre féminin, relevait avant tout d’un rôle spirituel et social.
Historiquement, ces personnes occupaient des fonctions prestigieuses : médiateurs de conflits, gardiens des noms, porteurs de traditions orales, guérisseurs ou conseillers matrimoniaux. Leur différence n'était pas une marge, mais un pont entre les genres et entre le monde physique et spirituel. Ils n'étaient pas tolérés « malgré » leur différence, mais respectés pour leur capacité à voir le monde à travers deux prismes.
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Le terme « Bispirituel » est relativement récent : il a été choisi en 1990 lors d’un rassemblement autochtone à Winnipeg pour remplacer le mot « berdache », un terme colonial aux racines insultantes.
Ce nom a été proposé par des autochtones d'origine Ojibwe.
Cependant de nombreux peuples des premières nations d'Amérique du Nord possèdent leurs propres termes : winkte en Iakota, nadleehé en Najavo ou encore Hwame en Mojave, par exemple
Adopter le 2E, c'est un acte de résistance et de décolonisation. La colonisation et les pensionnats ont tenté d'effacer ces rôles traditionnels en imposant une vision binaire et rigide. Se revendiquer 2E aujourd'hui, c'est un outil de guérison du traumatisme intergénérationnel. C'est une façon de dire : « Nos identités ne datent pas d'hier, elles ne sont pas une importation occidentale. »
Cette notion s'inscrit pleinement dans une démarche intersectionnelle. On ne peut pas saucissonner l'identité d'une personne bispirituelle : son vécu est à la croisée du genre, de la sexualité et de son appartenance à une nation opprimée.
Reconnaître le 2E, c'est admettre que pour les personnes autochtones, les luttes contre l'homophobie et le racisme sont indissociables. Elles subissent des oppressions systémiques qui s'empilent et s'entremêlent. En plaçant ce terme dans l'acronyme, on rappelle que la "queeritude" ne peut pas être déconnectée de la lutte pour la souveraineté et la dignité des Premiers Peuples. C’est le refus d’une vision LGBTQ+ uniquement blanche et occidentale.
Si vous naviguez dans les milieux communautaires à Montréal ou Québec, vous remarquerez que le 2E est omniprésent. Pourquoi ? Parce que reconnaître la bispiritualité, c’est aussi reconnaître que la lutte pour la diversité ne peut se faire sans une solidarité réelle avec les peuples dont nous habitons les territoires.
C’est une invitation à l’humilité pour nous, allochtones (personnes venant d'ailleurs) : apprendre que nos catégories de pensée ne sont pas universelles et que la sagesse ancienne a encore beaucoup à nous enseigner sur la fluidité humaine.
L'essentiel à retenir : La bispiritualité est un terme "parapluie" culturellement spécifique. Même si une personne non-autochtone se sent habitée par deux énergies, ce terme appartient exclusivement aux Premiers Peuples. C'est un jardin sacré qu'ils et elles cultivent pour retrouver leur chemin.