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27 Septembre 2026
C'est une décision passée presque inaperçue, et c'est bien le problème. En 2026, pour la première fois, Santé publique France ne lancera pas de campagne nationale de prévention du VIH autour du 1er décembre, Journée mondiale de lutte contre le sida. Motif invoqué : le manque de financement. Dans une lettre ouverte datée du 22 septembre, le Collectif des 10 choix politiques pour en finir avec le sida, qui rassemble plus de 90 associations, CoReSS, centres de santé et sociétés savantes, demande à la ministre de la Santé et au directeur général de Santé publique France de revenir sur cette annulation. On vous explique pourquoi cette décision nous concerne toutes, tous et toustes.
Chaque année, le 1er décembre, Santé publique France déploie une campagne nationale consacrée au VIH. Des spots, des affiches, des messages sur les réseaux sociaux : un rendez-vous qui remet, au moins une fois par an, le VIH dans l'espace public. Cette année, il n'y aura rien. Faute de financement, la campagne est tout simplement annulée.
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Pour les signataires de la lettre ouverte, il ne s'agit pas d'une simple opération de communication qu'on pourrait supprimer sans conséquence. C'est un outil de santé publique à part entière : il permet de diffuser une information fiable, de combattre les idées reçues et la stigmatisation, et surtout de faire connaître les dispositifs de prévention et de dépistage aux personnes les plus éloignées du soin. Celles, précisément, que les associations peinent le plus à atteindre.
Le calendrier rend la décision encore plus incompréhensible. La France s'est fixé un objectif clair dans sa Stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030 : éliminer la transmission du VIH d'ici 2030. La troisième et dernière feuille de route, qui couvre la période 2026-2030, vient tout juste d'être publiée.
Autrement dit, au moment même où l'État entre dans la dernière ligne droite de son propre plan, il supprime l'un des principaux temps forts nationaux consacrés à la prévention. Le Collectif rappelle d'ailleurs qu'en novembre 2025, le Conseil national du sida et des hépatites virales appelait déjà à une « remobilisation » des pouvoirs publics pour tenir l'objectif 2030. On ne peut pas dire qu''iels aient été entendu·es.
Si l'on a parfois l'impression que le VIH appartient au passé, les données de Santé publique France reprises dans la lettre ouverte racontent une tout autre histoire :
En 2024, environ 5 100 personnes ont découvert leur séropositivité en France. 43 % de ces découvertes ont eu lieu à un stade tardif de l’infection. Environ 3 400 contaminations ont eu lieu la même année, un niveau qui ne baisse plus depuis 2023. Fin 2024, près de 9 700 personnes vivaient avec le VIH sans le savoir. Entre 2014 et 2023, les découvertes de séropositivité ont augmenté de 41 % chez les 15-24 ans.
Ce dernier chiffre devrait à lui seul suffire à justifier le maintien de la campagne. Toute une génération n'a pas connu les années sida, n'a pas vu les campagnes massives des années 1990, et grandit avec l'idée que le VIH serait un « problème réglé ». Ne plus lui parler, c'est risquer de la laisser sans information au moment où elle en a le plus besoin.
L'annulation tombe d'autant plus mal que 2026 est une année charnière pour la prévention. La PrEP injectable à longue durée d'action est désormais disponible en France et remboursée par l'Assurance maladie. Une nouvelle option pour toutes celles et ceux pour qui la prise quotidienne d'un comprimé représente un frein.
Mais un outil de prévention n'a d'impact que s'il est connu, compris et accessible. Le Collectif le souligne : la France dispose des connaissances, des traitements et des outils nécessaires pour atteindre son objectif. Ce qui manque désormais, ce sont les moyens de les faire connaître. Lancer une innovation majeure l'année même où l'on renonce à la grande campagne nationale d'information, c'est un peu comme ouvrir un centre de santé sans mettre de panneau à l'entrée.
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Au-delà des chiffres, c'est le message envoyé qui inquiète les associations. Supprimer une campagne aussi symbolique, c'est interroger le niveau réel d'engagement de l'État dans la lutte contre le VIH. La lettre relève aussi une incohérence avec l'engagement récent de la ministre chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations de mettre en œuvre un plan national contre la sérophobie. Or la sérophobie reste l'un des principaux obstacles au dépistage : on ne se fait pas tester quand on a peur de ce que le résultat pourrait coûter socialement.
Les signataires font enfin un parallèle qui glace : selon la lettre, l'administration américaine a supprimé en 2025 tout financement public consacré à cette journée de mobilisation. Le Collectif espère que la France ne suivra pas cette voie. Et nous aussi.
La liste des signataires dit beaucoup de l'ampleur de la mobilisation. On y retrouve les grandes structures historiques (AIDES, Act Up Paris, Sidaction, Sida Info Service, Arcat, Médecins du Monde), des associations de terrain en outre-mer (Action Sida Martinique, Entr'AIDES Guyane, Nariké M'sada, DA TI SENI), des centres LGBTQIA+, des associations de et pour les travailleur·ses du sexe et les personnes trans (ACCEPTESS-T, PASTT, Cabiria, Grisélidis), l'ensemble des CoReSS (Coordinations Régionales de la Santé Sexuelle), ainsi que la Société française de lutte contre le sida.
On ne peut pas regarder cette décision comme une simple ligne budgétaire rayée. Les communautés queers, les hommes ayant des relations avec des hommes, les personnes trans, les travailleur·ses du sexe et les personnes migrantes restent parmi les publics les plus exposés au VIH. Chaque campagne qui disparaît, c'est un peu moins de visibilité pour les outils qui nous protègent, et un peu plus de place laissée au silence et à la stigmatisation. Le silence, notre histoire nous a appris ce qu'il coûte.
La lettre ouverte formule des demandes claires à la ministre de la Santé et au directeur général de Santé publique France :
Rétablir dès 2026 une campagne nationale de prévention du VIH autour du 1er décembre.
Inscrire ce rendez-vous dans la durée, avec une visibilité nationale à la hauteur de l’enjeu.
Proposer une information adaptée aux différents publics.
Associer pleinement les personnes vivant avec le VIH et les actrices et acteurs de la lutte contre le sida à la conception et à l’évaluation de la campagne.
Le Collectif conclut sans détour : si la France veut en finir avec le sida, elle ne peut pas renoncer à informer, à prévenir et à dépister. On ne saurait mieux dire.
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Le 1er décembre approche. Si l'État se tait, à nous de parler plus fort. Partagez, relayez, faites-vous dépister, parlez de la PrEP autour de vous. Le VIH n'a pas disparu, et nous non plus.