Libres,Fièr.es et Rien d'autre!
12 Avril 2026
Le Kunstmuseum de Bâle frappe fort avec une exposition audacieuse. Entre codes secrets et naissance des identités modernes, « The First Homosexuals » explore comment l’art a donné un visage à l’homosexualité bien avant que le mot ne soit dans tous les dictionnaires. C'est parti pour une plongée dans un siècle de création qui a tout changé.
Tout commence par un néologisme. En 1869, le terme allemand « homosexuell » fait sa première apparition publique. À l’époque, c’est une révolution : on ne parle plus seulement d’actes condamnables, mais d’une manière d’être, d’une identité propre.
Pourtant, nommer ne signifie pas libérer. Jusqu’en 1939, date qui clôt le parcours de l’exposition, l’homosexualité reste un tabou, voire un crime, dans la majeure partie de l’Occident. Pour les artistes, le défi est de taille : comment représenter l’indicible sans finir au pilori ?
Dans les galeries du Kunstmuseum, on découvre que nos ancêtres étaient les rois et reines du sous-entendu. Faute de pouvoir s’afficher ouvertement, les artistes ont développé une véritable grammaire visuelle du secret.
Pour les femmes, le désir se cache souvent derrière le voile de « l’amitié ». L’œuvre emblématique de la Suissesse Marie-Louise-Catherine Breslau, Contre-jour (1888), en est le parfait exemple. Montrant deux femmes dans une intimité domestique, le tableau a longtemps été titré Les amies. Un titre édulcoré pour une réalité bien plus profonde.
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Chez les hommes, c’est l’Antiquité qui sert de sauf-conduit. On admire des scènes de baigneurs ou de pêcheurs, comme chez Ludwig von Hofmann. En s’inspirant de Cézanne, Hofmann propose une sensualité diffuse, presque naturaliste, où le regard se pose sur le corps masculin sans risquer la censure. Plus tard, avec Paul Camenisch, la pudeur s’efface pour laisser place à une érotisation beaucoup plus assumée.
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Pour Elena Filipovic, la directrice du musée, cette exposition est une première historique pour l’institution. Il ne s’agit pas seulement de dépoussiérer des toiles, mais de poser un acte à la fois politique et pédagogique.
"Si nous pouvons contribuer à davantage de connaissance et de tolérance, ce sera déjà quelque chose d'important", souligne-t-elle.
Une ambition qui résonne particulièrement aujourd'hui, alors que les droits LGBTQIA+ restent fragiles à travers le monde.
L’exposition ne se contente pas de montrer de beaux tableaux. Sous l’impulsion du commissaire Jonathan Katz, elle interroge la structure même de nos catégories. On y apprend que l’opposition binaire « hétéro / homo » est une construction européenne exportée dans le monde par le colonialisme.
Avant cette normalisation forcée, des sociétés comme celle du Japon percevaient les relations entre personnes du même sexe avec beaucoup plus de fluidité. Un rappel salutaire que nos étiquettes actuelles ne sont pas des vérités universelles, mais des héritages d’un système qui cherchait à tout classer, et parfois à tout limiter.
Que vous soyez passionné d'histoire de l'art ou militant queer, The First Homosexuals offre une perspective nécessaire. Elle nous rappelle que le désir a toujours trouvé un chemin, même dans les périodes les plus sombres, et que l'imaginaire artistique a été le premier refuge de nos identités.
Alors, on se fait un petit week-end à Bâle ?

The First Homosexuals. La naissance de nouvelles identités au Kuntsmuseum de Bâle, jusqu'au 2 août 2026, pour comprendre d'où l'on vient et comment on s'est inventé.