Libres,Fièr.es et Rien d'autre!
14 Mars 2026
Le Parlement sénégalais a franchi un palier inquiétant dans la répression de l’homosexualité. Mercredi dernier, une nouvelle loi a été adoptée, doublant les peines d'emprisonnement pour les relations entre personnes de même sexe. Entre dérive politique et détresse humaine, "Queer de rien" fait le point sur un texte qui menace directement la survie de milliers de citoyen·nes.
C’est une onde de choc qui traverse l’Afrique de l’Ouest. Sous l'impulsion du Premier ministre Ousmane Sonko, les députés sénégalais ont adopté à une majorité écrasante, 135 voix pour, aucune contre, un texte durcissant drastiquement l’arsenal législatif contre les minorités sexuelles.
Désormais, ce qu'on appelle encore pudiquement les « actes contre nature » ne sont plus passibles de un à cinq ans de prison, mais bien de cinq à dix ans fermes. Ce vote n'est pas une surprise dans un pays où le conservatisme social et religieux dicte souvent l’agenda politique, mais la brutalité de ce doublement de peine marque un tournant répressif sans précédent.
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La modification de l’article 319 du code pénal (qui datait de 1965) ne se contente pas d'allonger la durée de détention. Elle affine la définition des actes condamnés tout en supprimant la notion d'« actes impudiques », rendant la loi encore plus directe.
Plus inquiétant encore, le texte laisse la porte ouverte à une criminalisation de l'apologie ou du soutien à l'homosexualité. En clair :
Un·e militant·e des droits humains pourrait être inquiété·e.
Une association de santé publique pourrait être poursuivie pour son aide aux personnes vulnérables.
Le simple fait de porter un drapeau arc-en-ciel ou de défendre la dignité queer pourrait devenir un délit.
Pour les associations de terrain comme Stop Homophobie, ce durcissement est une "permis de chasser" tacite. Ce n'est pas seulement une question de tribunaux, c'est une question de sécurité quotidienne.
"Cette loi expose davantage les personnes LGBTQIA+ aux violences, au chantage et aux arrestations arbitraires", alerte l'organisation.
Le risque est global :
Santé : Les personnes vivant avec le VIH pourraient fuir les centres de soin par peur d'être dénoncées.
Chantage : La police et des individus malveillants disposent désormais d'un levier de pression financier et social colossal.
Violences physiques : La légitimation législative de la haine entraîne souvent une hausse des lynchages populaires.
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Alors que certains pays du continent amorcent des virages vers la dépénalisation, le Sénégal semble s'enfermer dans une surenchère populiste. Pour beaucoup d'observateurs, cette loi est une manœuvre politique visant à satisfaire les franges les plus radicales de l'électorat, au détriment des droits humains fondamentaux.
L'amour n'est pas un crime, et pourtant, au Sénégal, il vaut désormais dix ans de cellule. Restons solidaires de nos frères, sœurs et adelphes sénégalais·es qui, aujourd'hui plus que jamais, doivent se cacher pour ne pas mourir socialement.