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21 Février 2026
Le 19 février 2025, la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris a examiné le dossier de la polémiste Dora Moutot. Poursuivie pour provocation publique à la haine envers les personnes trans, l'autrice de "Femmes à pénis" voit ses propos tenus sur France 2 scrutés par la justice. Entre liberté d’expression et protection des minorités, le verdict s'annonce comme un tournant juridique majeur.
L'affaire remonte au 15 octobre 2022. Invitée sur le plateau de l'émission Quelle époque !, Dora Moutot s'était retrouvée face à Marie Cau, la première femme trans élue maire en France. Ce qui devait être un échange d'idées a rapidement basculé.
Moutot y avait affirmé : "On est obligées de se méfier des personnes à pénis en tant que femmes". Une phrase choc qui, sous couvert de "féminisme radical", cible directement les femmes trans en les associant systématiquement à une menace biologique.
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Pour les parties civiles, notamment STOP homophobie, Mousse et Adhéos, le cadre de la simple opinion est largement dépassé. Selon elles, ces propos désignent un groupe de personnes comme un danger public, alimentent un climat de suspicion généralisée et participent à la déshumanisation des personnes transgenres.
Ces associations rappellent que les chiffres sont alarmants : en 2023, les autorités ont recensé 4 560 actes LGBTphobes en France. Derrière les mots "pénis" ou "biologie", il y a une réalité de violences systémiques que la justice ne peut plus ignorer.
De son côté, la défense de Dora Moutot s'appuie sur la liberté d’expression, protégée par la loi du 29 juillet 1881. Ses soutiens revendiquent le droit de critiquer le "concept de genre" et de défendre une vision biologique de la femme.
Le tribunal doit donc trancher une question fondamentale : où s'arrête la critique d'une idéologie et où commence l'atteinte pénale à un groupe protégé ? La jurisprudence exige d'apprécier le contexte et la capacité des mots à susciter le rejet ou l'hostilité.
À noter : Ce procès s'inscrit dans un contexte international (USA, Royaume-Uni) où les discours dits "gender critical" tentent de restreindre les droits des personnes trans sous prétexte de protéger les espaces non mixtes.
À l'issue de l'audience du 19 février, le tribunal a mis sa décision en délibéré. Le verdict est attendu pour la fin du mois de mars 2026.
Si Dora Moutot est condamnée, cela marquerait une étape historique dans la reconnaissance de la transphobie comme délit de presse spécifique en France. Cela signifierait que l'essentialisme biologique ne peut servir de "passe-droit" pour diffuser des discours de haine sur les chaînes de service public.
Chez Queer de rien, nous suivrons de près cette décision. Car au-delà de la polémiste, c’est le droit à la dignité et à la sécurité de milliers de citoyennes et citoyens qui se joue dans cette 17e chambre.