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31 Mars 2026
Alors qu’il figurait parmi les bons élèves de l’Europe en matière de droits LGBTQIA+, le Portugal vacille. Les 19 et 20 mars derniers, le Parlement a adopté en première lecture plusieurs projets de loi visant à restreindre drastiquement les acquis des personnes transgenres et intersexes. Entre retour de la pathologisation et barrières pour les mineurs, décryptage d’une offensive politique qui menace l’autodétermination.
C’est un coup de tonnerre dans le ciel arc-en-ciel de Lisbonne. Le Parlement portugais vient de voter, par 151 voix contre 79, un ensemble de textes qui pourraient démanteler la Loi n° 38/2018. Pour rappel, cette législation historique de 2018 permettait jusqu'ici de changer de genre à l'état civil sur simple déclaration, sans avoir à fournir de diagnostic psychiatrique.
Portée par une alliance de droite (Parti social-démocrate, Parti populaire CDS) et l'extrême droite du parti Chega, cette offensive législative marque une rupture nette. Si ces textes doivent encore passer par la commission des droits, libertés et garanties avant un vote définitif, le signal envoyé est limpide : l'heure est au repli identitaire.
Le contenu des propositions adoptées "dans leur généralité" fait froid dans le dos et s'attaque aux piliers de la transition administrative et médicale :
Le retour du diagnostic médical
La fin de l’autodétermination pure. Il faudrait à nouveau prouver sa transidentité devant un médecin ou un psychiatre pour modifier ses papiers.
Le recul de l'âge légal
Les mineurs de moins de 18 ans se verraient interdire tout changement de prénom ou de sexe à l'état civil, contre 16 ans actuellement.
Restriction des soins
Le texte prévoit d'encadrer (comprendre : limiter) l'accès aux parcours de soins spécifiques pour les personnes trans.
Censure scolaire
À l'instar de ce qui se pratique en Hongrie ou en Russie, les thématiques LGBTQIA+ pourraient être bannies ou strictement limitées dans les écoles, invisibilisant de fait toute une partie de la jeunesse.
Devant le Parlement, la colère a pris la forme de drapeaux bleu-blanc-rose et arc-en-ciel. Environ 200 manifestants se sont réunis pour dénoncer une tentative de pathologisation des identités de genre. Les slogans "Mon identité n’est pas un débat" rappellent une vérité simple : les vies des personnes trans et intersexes ne sont pas des variables d'ajustement électorales.
Au niveau international, l'alerte est maximale. Les organisations comme ILGA Europe, TGEU ou Oll Europe dénoncent une attaque sérieuse contre la dignité humaine. Le Portugal, habitué au sommet de la Rainbow (le classement des pays les plus protecteurs), risque de dégringoler, entraînant dans sa chute les garanties juridiques des personnes intersexes, notamment face aux mutilations médicales non consenties.
Ce qui se joue au Portugal n'est pas un cas isolé. L'ONG Forbidden Colours le souligne : les personnes trans sont les "canaris dans la mine". Elles sont les premières cibles de politiques réactionnaires qui, à terme, visent l'ensemble de la communauté LGBTQIA+.
L'influence grandissante des formations conservatrices et d'extrême droite en Europe transforme nos droits fondamentaux en champs de bataille idéologiques. Le passage de ces textes en commission sera le prochain test de résistance pour la démocratie portugaise.
Ce qui nous impose de rester vigilants, car quand un pionner recule, c'est toute l'Europe qui est fragilisée.